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Histoire de Tony
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Je suis né le 14 Septembre, fête de la Sainte Croix,à 12h, cet horaire symbolisant déjà mon rapport à la nourriture et l’intitulé de la fête attribué à mon jour de naissance présage  du fardeau terrestre à supporter

Ne pouvant décrire consciemment mes premiers moments d’existence, les souvenirs que j’en est laissé à ma mère sont ceux d’un nourrisson difficile à alimenter et pénible.

Je vomissais tout avec pour conséquence physique une constitution chétive, résultat de cette non alimentation acceptée, et ce jusqu'à l'âge environs de 7 ans.
Décrit comme enfant fragile tant par sa constitution que par son caractère introverti, je reste sensible et très attentif aux êtres qui m'entourent car issu d'une fratrie de 9 enfants.Le frère aîné brillera par son désintérêt pour moi, le second souvent absent sombrera dans le banditisme, vint ensuite 6 sœurs dont une décédée à quelques mois.Etant le dernier de cette tribu je ne conserve comme souvenirs d'enfance qu'un fantasme de la Famille avec un grand F...l'idéal d'une famille harmonieuse où s'épanoui l'Amour qui gouverne à tous autres sentiments. Mes yeux crédules réfutaient la vérité de ce môme en trop que j’étais au sein de ce simulacre familial. Recherchant sans cesse l’attention de la « smala », la seule récolte obtenue fut celle d’une mise à l’écart voir pire du mépris et de la méchanceté de la part de ma sœur la plus proche en âge. Adulte,celle-ci me confirmera son hostilité en m’avouant que je lui avait volé à ma naissance sa place de petit dernier de la famille….avec tous les pseudo privilèges qui accompagnent cette qualité.Aucun heureux moments de jeux, sorties ou simple échange verbal viennent ponctuer mes souvenances.

Seules des missions de chaperonnage que ma mère infligeait à mes sœurs me permettait de sortir en leur compagnie, me permettant un rapprochement avec l’une d’entres elle, restant à ce jour l’un de mes rares contact familial.

Plus j’écris et plus est le constat de l’absence de mon Père qui était pourtant bien présent au foyer aux heures du dîner mais dont le temps était partagé entre son emploi et sa passion pour la pêche (il est étrange que le poisson me dégoûte …)

Je garde  de lui l’image d’un Homme gentil, droit et honnête mais absent de son véritable rôle de père.

En ce qui concerne ma mère, j’ai la conviction qu’elle n’a fait que subir sa vie de part ses nombreuses grossesses. Analphabètes malgré son intelligence, les circonstances ont fait que son existence a été semblable à de « l’esclavagisme normalisé » car consenti par les uses et coutumes de ses origines.

Je ne veux garder dans mes pensées que les rares moments où fourrer dans ses jupes elle m’accordait attention et câlins que lui autorisait son planning de femme au foyer, passant à la trappe les moments d’hystérie ou de névrose dont je fus bien souvent spectateur.

Vint le temps de la maternelle vécut comme un véritable déchirement qui ne prendra fin qu’avec mon entrée à l’école primaire pour laisser place à phobie scolaire et isolement dans la cours de récréation.
Vers 8 ans mon alimentation s’inverse, du « tout vomi » je passe à « tout pour stoker » avec la notion de plaisir du goût et du « toujours plus » quitte à convoiter l’assiette du voisin.

C’est à cette période que ma mère m’avoue avoir tout fait pour avorter car ma naissance n’était pas souhaitée et que malgré la prise importante de comprimés de quinine la vie a été plus forte que le désir de mort.
A sa confession, j’ai pardonné …enfin je croyais …car depuis la notion du Pardon est devenue bien différente pour moi surtout après trois années de séances chez le psy.

Mon poids s’envole et le corps devient source de problèmes tant physiques que psychologiques.

La souffrance de l’obésité commence son « grignotage » de l’être qui reste en devenir.

1er tentative de régime hypocalorique à 10 ans.

On m‘envoi à cet effet dans un pseudo centre médicalisé sous forme de colonie de vacances qui ne se révélera en fait qu’une espèce de garderie pour gosses à problèmes (quelque qu’il soit car toute pathologie légère est acceptée)

Je vie ces 60 jours comme une réelle séquestration,de plus aucune alimentation particulière n’est prévue pour mon régime et je me retrouve avec charcuteries,pâtes en sauce,frites etc.…

Bien sur je continu a grossir et on me culpabilise en rapportant que je ne fait aucun effort à mes parents.

Cet épisode va me devoir une entrée tardive au collège (plus de 3 semaines après la « rentrée ») avec des conséquences irrémédiables sur ma scolarité.

Premier complexe avec les filles, première envie de flirt, ma phobie scolaire disparaît mais laisse place à un « je m’en foutisme » pour tout ce qui touche l’enseignement.

Une bande de copain se forme et mon surpoids ne m’empêche pas de faire les 400 coups.

Une seule chose me tarde : « Grandir et devenir Adulte »

Les kilos deviennent de plus en plus handicapant à 12 ans,je suis GROS,plus de doute je suis le gros lard,l’hippopotame,la grosse patate tant dénigré par les mauvais mioches .Le refus du miroir est né et la souffrance s’est installée.

C’est alors qu’une décision sous forme de caprice est prise, je veux prendre des cours de Musique et plus particulièrement d’orgue.
J’arrive à décider une de mes sœurs à payer mes premiers cours et je me distingue rapidement par mes facilités pour l’instrument.Une passion est née, la musique me permet de ressentir des émotions jusqu'alors inconnues pour moi. Le temps passe et j’engloutie les cours semblablement à mon hyperphagie, j’en deviens boulimique de notes et la sanction tombe

1er Prix que l’obésité n’a pu me voler, 1er Prix qui est enfin le signe de reconnaissance tant attendue J’existe dans le regard des autres, mieux on me respecte voir en m’envie quand j’use de mon instrument.

Le désir de mieux vivre dans mon corps se fait sentir, régime, perte de poids, reprise plus importantes des kilos vont sans cesse ponctuer mon adolescence. Le « Yoyo » fait son œuvre et installe définitivement l’obésité.

A 14 ans j’ai la chance d’être repéré par des musiciens qui me permettent de « cachetonner »en me produisant sur scène, la musique devient peu à peu mon métier pour ne plus laisser le doute à 16 ans car engagé par mon prof d’orgue pour dispenser les cours au sein de son école, l’une des plus réputée de France. La réussite professionnelle se profile mais le combat contre les kilos est un échec. Je grossis, devient « obèse morbide », les complexes physiques me pourrissent le quotidien, m’empêchent de vivre.

A 20 ans un sursaut d’espoir naît avec une perte de poids de plus de 40 kg à force de régimes, pilules miracle et activités professionnelle intenses. Je donne toujours mes cours mais travaille également dans un magasin de musique (je suis l’amant de la très belle patronne…) et surtout me produit 6 soirs par semaine dans un piano bar qui deviendra la référence sur la région. Je rencontre et travaille avec nombre de musiciens reconnus et artistes en pleine carrière, ma notoriété grandit et pour la première fois je vis intensément.

Deux ans plus tard je rencontre ma femme et décide de m’installer à l’île de la réunion.

Je deviens ingénieur son et ma qualité de musicien me permet de composer des génériques d’émissions, de la musique de films et de documentaires et de réaliser nombre de pub télé et radio. Mais avec la vie facile les kilos recolonisaient chaque jour  un peu plus ce corps qui avait connu la liberté de la « normalité », et en 3 ans l’obésité avait une fois de plus remportée le combat.

Un événement local et politique m’obligeant de mettre fin à mes activités sur l’île, j’ai du revenir en métropole avec en prime de la graisse pour bagage physique.

Épisode difficile car les finances ne sont pas fameuses et mon poids me ronge de l’intérieur.
Pour faire « bouillir la marmite », je me produis dans des établissements peu valorisant tant pécuniairement qu’artistiquement.

La pente est difficile à remonter, je redonne des cours, anime des croisières, puis créer un petit studio d’enregistrement. Cette création évoluera et améliorera la situation, mais elle ne me permettra pas d’obtenir la sérénité nécessaire pour entreprendre une perte de poids durable.

Les régimes s’enchaînent, les kilos vont et viennent et le problème persiste et s’aggrave.

En 99 je prends la décision de la pose d’un anneau gastrique qui me permettra de perdre plus de 30 kg, mais 2 ans après n’arrivant pas à stabiliser mon poids, l’enfer du « Yoyo » est revenu et ne cessera pas. La souffrance me fait sombrée dans la dépression et me voilà parti pour 3 années de psy avec médocs pour arrêter de broyer du noir et surtout cesser de pleurer.

Un arrêt longue maladie imposé va me permettre de prendre du recul, de lâcher prise et enfin d’envisager l’obésité comme une réelle maladie à traiter et non comme un manque de caractère du à ma faiblesse d’esprit.

Mes dernières séances sur le divan ont définitivement scellées cette évidence tellement difficile à percevoir non seulement pour tout un chacun, mais aussi et surtout pour le malade lui même car piégé dans le cercle vicieux de la culpabilité.
La consultation avec mon chirurgien actuel va me permettre enfin d’envisager une alternative à l’anneau que je supportais depuis neuf années. La décision d’un « By-pass » est prise avec son consentement et après avoir assisté à une séance d’information organisée en milieu hospitalier. L’ablation de l’anneau est prévue dans un premier temps afin d’entreprendre le By-pass 3 mois plus tard.
Ces 3 mois nécessaires aux « repos » de l’estomac vont me permettre de mieux me renseigner sur une autre intervention : la Sleeve.

Une nouvelle rencontre va changer la donne.

Je consulte à la demande d’un ami médecin (informé de l’intervention prévue) un confrère psy qu’il me recommande sans trop m’indiquer « le pourquoi ».RDV est prit et je suis accueilli par un homme rondouillard d’environ 60 ans et très sympathique.

Je raconte mon histoire, mes doutes et mon choix de bénéficier d’une intervention de type Bypass, quand à ce moment précis de la conversation, il m’avoue qu’il va lui aussi être opéré mais d’une Sleeve dans les jours à venir.

La consultation se transforme en discussion qui dure au-delà  la patience tolérable pour les patients qui attendent dans la salle prévue à cet effet… J’en ressors avec une conviction et ce grâce aux nouveaux éclairages que j’ai pu obtenir.

Je veux affirmer ici qu’il ne s’agit en aucun cas d’influence subit sur le choix de telle ou telle intervention, mais plutôt d’une réelle étude de ma part concernant l’opération qui allait conditionner ma nouvelle vie.

La Sleeve devient mon 1er choix quitte à bénéficier d’un By-pass si malheureusement la première intervention ne terrassait pas le gros qui était en moi. Je fais part de mon nouveau souhait à mon chirurgien qui accueille très favorablement ma demande et m’avoue même sa préférence quand à mon cas .

Une date d’intervention est fixée.

Le 13 Mai 2009 je suis opéré et à ce jour je ne peux qu’encourager les hommes et femmes atteint d’obésité à entrevoir une intervention de ce type. Je peux à nouveau croire que mon état d’obèse n’est pas définitif, pour preuve depuis le début de mon parcours c’est 37 kg dégommés et je suis enfin en dessous de la barre des 100 kg.

Du statut d’obésité morbide seul reste le mot obésité 5 mois après l’intervention. Le meilleur est à venir avec une perte de poids espérée de 25 kg supplémentaires, c’est le but raisonnable que je me suis fixé .

Raconter, partager,témoigner de son vécu, faire du prosélytisme pour ce type d’intervention me semble plus qu’un devoir, c’est une nécessité que chaque « ex-obèse »se doit de faire, car l’amour qu’il revendique pour lui-même ne peut prendre toute sa valeur uniquement que si il le partage en se mettant au service de l’autre.

 

Amaigrissement vôtre.

 

 

 

oopyright, Romain Schmit, janvier 2009